La chambre: Conte de Noël

Une fois n'est pas coutume, je te propose un conte qui parle de mort et de miracle de Noël. Bonne lecture et joyeux Noël! ;)

A nos morts. Celles et ceux qui sont parti-e-s durant la pandémie de 2020 – et qui partiront encore. Puissions-nous ne pas les oublier.

Hiver

Hiver.

Les montagnes au loin sont peintes de délicates traînées blanches, à demi cachées par des nuages épais et bas. Le lac étend son reflet immense sur la plaine. Décembre est froid et silencieux.

Je décolle mon regard de la vitre sale de la chambre. C’est une chance, une vue pareille. Mes fesses légèrement endolories remuent sur le plastique de la chaise. A quelque chose malheur est bon.

Papa a l’air petit dans ses draps blancs. Une faible lumière arrive jusque sur les murs de la pièce. J’ai posé mon coude sur la table à roulettes en bois poli, près de moi ; une bouteille d’eau gazeuse et quelques verres transparents y ont été disposés. Sers-toi, a dit Papa. Je fixe les bulles qui remontent lentement à la surface.

J’entends un léger bruit métallique, celui d’un tuyau sur un barre du lit en fer. « Poussin, tu peux aller me chercher du chocolat au kiosque ? »

– Oui. C’est tout ? Un magazine ?

– Non non j’ai tout ce qu’il faut merci.

Veille de Noël

24 décembre.

Les chaises sont alignées comme des soldats dans la petite pièce. Plastique orange, massives, design seventies, époque de la construction de l’hôpital. En face de la fenêtre, une porte vitrée. Derrière la porte, on aperçoit une partie de la réception de l’étage. Un infirmier rit. Un pauvre sapin qui lui arrive aux mollets clignote.

Pas de tableaux sur les murs ici non plus. Dehors, le même paysage, le même jour gris, encadré par d’épais rideaux de la même couleur que les chaises. Mon regard se perd bien au-delà des confins de la montagne.

 « C’est grave, il ne passera pas la nuit. » Ma sœur pleure « Vous ne pouvez pas le voir pour le moment. » Le docteur regarde ses fiches. « On vous appellera pour lui dire au revoir ».

Noël

Noël.

Une autre chambre, au sol verdâtre, une chambre simple.

Papa est assis sur un fauteuil jaune, la tête légèrement penchée. Sa mère, à côté de lui, lui parle en lui malaxant la main. Son œil droit part légèrement sur le côté. Son autre main est posée sur l’accoudoir. Son teint est encore blafard. On ne sait pas si ces séquelles resteront, mais il a déjà spectaculairement récupéré. La zone du langage est entièrement revenue. C’est un miracle.

Autour de lui, une ruche qui s’agite. Manteaux et sacs jonchent le sol. Sur la petite table à roulette, reléguée près de la fenêtre, éclatent les quelques bouquets qu’on a pu y disposer.

Ma sœur et ma tante sont assises sur son lit. Elles rient.

Les rideaux sont à demi fermés. La lumière du dehors s’est concentrée toute entière dans mon cœur.

Écrit à Lausanne, 11-13 décembre 2020

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Marie-Eve
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Je m’appelle Marie-Eve, et j’accompagne les personnes qui veulent écrire et qui ont des difficultés à trouver l’élan pour aller jusqu’au bout d’un projet. Je t'aide à identifier tes blocages d’écriture et à aller jusqu’au point final.

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