59 Chemin du Levant 1005 Lausanne, Suisse

+41786363500

©2019 by Écrivain-E. Proudly created with Wix.com

 
Rechercher
  • Marie-Eve

Une histoire de sorcière et de donjon (partie 1)

Mis à jour : 5 juin 2019

(NB: Contenu explicite)


Simplemont est le nom de ma rue. Un grand manoir, tout au début de l’avenue, presque encore sur la rue adjacente, et qui fait le coin. Un lieu banal, majestueux et peu inquiétant.


La neige immobilise tout. Dans ce lieu figé, sans joie ni peine, cela ne change pas grand chose. Mais, en ces journées suspendues, je reste chez moi et je lis de vieux grimoires. Un savoir ancestral perdu, vilipendé, que seules quelques unes peuvent encore comprendre et – encore mieux – utiliser. Quand il fait beau, pendant toutes la période des beaux jours, je récolte diverses plantes sur ma route, je pars dans la montagne parler aux chèvres et aux quelques très rares bergers. Il parlent peu mais ils ne m’ignorent pas.


Ici, c’est différent. Une petite femme un peu boulotte, dont les cheveux gris jaunes, de longueurs inégales et sans traitement capillaire particulier, pendent sur ses épaules affaissées, une femme un peu terne aux dents jaunes, vieillissante, et portant toujours le même vieux t-shirt délavé, un pantalon de toile et des baskets, ça passe au mieux inaperçu, au pire ce n’est pas très engageant. Je parle peu avec mes semblables, bourgeois bien propres des villes. S’ils savaient, pourtant, tout ce que j’ai vécu. Vieille femme, toi qui te promènes, indifférente, transparente et sèche, je sais par quoi tu es passée. Je sais ce que ton corps déformé et répugnant a connu. Je sais les ordres, les critiques, les viols, l’enfantement, les fausses-couches, l’avortement. le chagrin, la joie, le désir, l’amour, la faim, la maladie, l’exaltation.


Personne ne me voit vraiment mais moi je sais. Dans mon manoir, alors que dehors tout est blanc et que les flocons tombent, je lis mes grimoires, je m’informe, je trouve un sens à cette vie solitaire.


Mais laissez-moi vous raconter une petite histoire. Je n’ai pas toujours été seule. Un jour, un « compagnon » s’est emparé de ma force vitale. J’étais jeune, j’étais jolie comme on l’entend au sujet d’une femme jeune. Malheureusement, j’ai perdu ma force créatrice, ou alors je n’y ai pas cru. Alors, tous les jours où je parle à la lune et où je nourris les renards du quartier, je me rappelle cet épisode où j’avais perdu la tête. Et je salue ma santé mentale retrouvée.

Après lui, j’ai été dépressive pendant bien des années.


Un homme, récemment, m’a dit : « Toi, tu dois bien puer de la chatte. » C’était dans la rue, j’allais faire mes courses. L’attaque était violente, mais elle a duré quelques secondes car il s’est rapidement éloigné en regardant nerveusement à droite et à gauche. Il était très jeune, et ses yeux contenaient tellement de colère que j’en ai eu le souffle coupé. C’est donc ce que je lui inspirais ? J’ai mis quelques jours à m’en remettre. Je ressentais à son égard une pitié quasi maternelle. Mais la force de sa rancœur m’échappait. Il y avait donc des hommes qui haïssaient à ce point les femmes. Cet aveuglement m’échappe. Cette violence m’échappe. Quel parcours pour en arriver là ? Il devait se sentir attaqué, légitimement blessé. Pourtant, jeune homme, C’est d’une chatte très semblable que tu es né. Et, crois-moi, l’odeur était le moindre de tes soucis. Est-ce cela même que tu ne supportes pas ? Ce pouvoir que tu sens, entre nos jambes ?

(A suivre)


#femme #sorcière

40 vues